Relations dangereuses entre politique et médias

Un petit mot sur un sujet peu consensuel mais tout particulièrement d’actualité ces derniers mois : la politique et les médias.

Bien sûr, l’Histoire de France fourmille d’anecdotes faisant état du désir d’influence (voire de contrôle) des médias de la part des hommes politiques français de tout bord. Depuis les années de Gaulle-Pompidou-Giscard où le Ministre de l’information présentant lui-même le journal télévisé, jusqu’aux liens amicaux entretenus par Bernadette Chirac avec Patrick de Carolis (actuel président de France Télévision), en passant par les nominations miterrandiennes « bienveillantes » d’André Rousselet à la tête de Canal+ ou d’Hervé Bourges à la présidence de TF1, de France Télévision puis du CSA ; les pouvoirs politiques ont semble-t-il toujours gardé un œil, sinon une main, sur les ficelles de nos organes d’information.


Cependant depuis quelques années, j’ai réellement l’impression que ce pernicieux mélange des genres entre politique, patron de médias et journalistes va crescendo. Ces pratiques ouvrent la voie à toutes les subjectivités journalistiques, toutes les tentations de sélection de l’information, de censure, de propagande rampante. J’ai bien peur que ces dérives atteignent leur paroxysme dans les années que nous prépare Nicolas Sarkozy.

Petit rappel :

Liste non exhaustive

Mars 2006 : Jean-Pierre Elkabbach, directeur d’Europe 1, a reconnu avoir consulté Nicolas Sarkozy sur le recrutement d’un journaliste politique. (02 mars 2007, nouvelobs.com)

Novembre 2006 : Alain Genestar, directeur de la rédaction de « Paris Match », est licencié pour « dérive déontologique », un peu plus d’un an après avoir publié en couverture du magazine, le 25 août 2005, une photo de Cécilia Sarkozy au côté du publicitaire Richard Attias. Cette photo, avait provoqué la colère de ce dernier et une brouille temporaire entre Nicolas Sarkozy et Arnaud Lagardère, patron du groupe de presse (et actionnaire du Monde).

Novembre 2006 : Nicolas Sarkozy est intervenu en personne pour empêcher la parution d’une biographie de sa femme Cécilia Sarkozy.
Les Editions First s’apprêtaient en effet à publier le 24 novembre l’ouvrage signé de Valérie Domain, journaliste à Gala, et intitulé « Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison ». (nouvelobs.com)

Février 2007 : Serge Portelli, magistrat, membre du Syndicat de la magistrature, ancien conseiller du président socialiste de l’Assemblée Raymond Forni, devait publier un livre consacré à la politique pénale de Sarkozy, « Ruptures », chez les Editions Michalon. Avant sa sortie, ce livre est censuré par l’éditeur lui-même. Yves Michalon, est un ami personnel du candidat UMP à la présidentielle.

Mars 2007 : Le 18 mars 2007, avant de participer à l’émission France Europe Express, présentée par Christine Ockrent, Nicolas Sarkozy, contrarié par l’accueil et vexé de devoir attendre dans les couloirs de France 3 pour être maquillé a déclaré à propos de la hiérarchie de France 3 « Toute cette direction, il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder » (Canard Enchaîné du 21 mars 2007).

Mars 2007 : « Nicolas Sarkozy a téléphoné à Edouard de Rothschild, propriétaire du quotidien Libération, pour protester contre la couverture que lui a consacré son journal le 1er mars (…) Qualifiant le journal de « sectaire de gauche », le ministre de l’Intérieur aurait expliqué à son principal actionnaire que cela l’empêcherait sans doute de trouver à l’avenir des gens pour le financer… » (L’Express)

Mai 2007 : Dans son dernier livre Une campagne off (Albin Michel, 18 euros), Daniel Carton rapporte une conversation de Nicolas Sarkozy avec la direction du Figaro Magazine, lors d’un déjeuner. « Je sais déjà ce que je ferai sitôt à l’Elysée : je m’occuperai personnellement de Jean-François Kahn (président de Marianne) », aurait, selon l’auteur, déclaré Nicolas Sarkozy. menaces sur JF Kahn

Mai 2007 : Bouygues a confirmé que Laurent Solly, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy à la place Beauvau, rejoint le groupe de Martin Bouygues, sans préciser sa fonction. Selon le Nouvel Observateur, Laurent Solly (36 ans) pourrait être nommé numéro trois de TF1.

Mai 2007 : Myriam Lévy, 44 ans, reporter au Figaro, intègre avec le titre de conseillère en communication l’équipe de François Fillon à Matignon. (lemonde.fr 16/05/07 à 10h35)

Mai 2007 : Catherine Pégard, 52 ans, rédactrice en chef du service politique du Point, rejoindra l’équipe du chef de l’Etat à l’Elysée. (lemonde.fr 16/05/07 à 10h35)

Mai 2007 : Censure d’un article du Journal du Dimanche concernant l’abstention de Cécilia Sarkozy lors du 2ème tour

Les amis de Nicolas Sarkozy

Arnaud Lagardère : propriétaire de Elle, Paris Match, Journal du dimanche, Europe 1, Europe 2, RFM
Serge Dassault : propriétaire de Figaro, sénateur UMP, dont Nicolas Sarkozy fut l’avocat pour finaliser la succession de Marcel Dassault.
Alain Minc : président du conseil de surveillance du Monde
Martin Bouygues : propriétaire de TF1 et LCI, et témoin de baptême du fils de Nicolas Sarkozy et témoin de mariage
Vincent Bolloré : propriétaire de Matin plus, Direct 8
Bernard Arnault : propriétaire de La Tribune, témoin de mariage de Nicolas Sarkozy.

Une réflexion sur « Relations dangereuses entre politique et médias »

  1. Une amitié étrange si on considère leurs métiers respectifs mais apparemment nécessaire à écouter les uns et les autres se défendre. Finalement on en vient à ignorer qui fait quoi. De nos jours les politiques se transforment en communiquant et certains journalistes se prennent pour des politiques. Ils posent les questions, font les réponses et même débriefent leurs invités politiques sur leurs prestations scéniques…

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